CHRONIQUE: LES BÂTARDS, par Almamy DIOP

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Soir d’août pluvieux, ils se rendent en boîte afin de célébrer leur réussite au brevet et au bac. Elle n’a que 15 ans, et lui 18. Ils s’y rencontrent par hasard, et sous l’effet d’une danse transpirante, et quelques frottements dans le mouvement, ils s’acoquinent. Chacun de leurs gestes, de leurs regards insistants expriment suavement le désir qu’ils ont l’un envers l’autre.

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Elle se colle de plus en plus à lui, il ne la repousse pas car il aime ce qu’elle fait. Ca lui plaît. La température augmente sous ce dancehall haletant. Il tente en vain de résister à son excitation galopante, mais elle sait s’y prendre. Il lutte avec ses pulsions, mais elle ne le lâche pas. Elle l’effleure de ses mains moites, l’odeur de sa chevelure l’envoûte, le transporte, elle a troublé ses sens. Il a peur que sa braguette explose, mais refuse qu’elle s’arrête. Il aimerait bien se la faire, mais où ?

Au-dehors il pleut, en boîte? Impossible, le monde y est nombreux. Il réfléchit et soudain trouve une idée : le véhicule. Quoi de mieux comme endroit à cette heure tardive pour s’abandonner aux plaisirs et assouvir leurs désirs du moment?
Alors il la tire, ils sortent en courant rejoindre la 406.

Tous trempés ils se déshabillent
précipitamment, se jettent dans les bras l’un de l’autre, s’embrassent, se caressent avant de plonger dans le grand bain; loin des regards indiscrets, oubliant de se protéger croyant s’aimer. Sauvagement enlacés l’un et l’autre, ils prennent leur pied des minutes durant, avant de rejoindre leurs domiciles nonchalamment. Quelle soirée !

3h30 du matin, jeudi 6 octobre, elle sursaute de son lit. Tout en sueur, Bountou se dirige vers la douche, s’accroupit en tenant la lunette des W-C, puis tête penchée, elle vomit. Elle vomit, vomit à en laisser ses tripes. La demoiselle transpire, frissonne, a du mal à se rendormir. Elle prend un calmant espérant soulager ce malaise passager, hélas ça ne s’arrête pas.

Elle ne comprend pas.
Quelques heures plus tard, elle réveille sa tante car elle s’inquiète, stresse. Que lui arrive t-il? Pourquoi se sent elle soudainement si bizarre ? Elle essaye de trouver une explication mais n’y parvient pas. Ca taraude dans ca tête. Pauvre petite.

Alors par précaution sa tutrice l’accompagne à la clinique du coin afin de se rassurer que la donzelle n’est pas en cloque, car elle doute. Bien que Bountou ne sorte que très rarement; bien qu’elle n’ait pas de copain et ne possède que très peu de copines, sans compter le fait qu’elle soit assidue dans ses études, la vieille dame ne peut s’empêcher de douter à une possible grossesse.

Elle le flaire. Du haut de ses soixante ans, elle a de l’expérience en la matière. Elle en a beaucoup vu.
Et elle ne s’était pas trompée. Elle avait vu juste. Bountou était bien enceinte. Bountou, 15 ans enceinte. Qui en était l’auteur ? Elle ne pouvait le savoir. Son dernier cavalier nocturne ne lui avait pas laissé son nom. Ils avaient batifolé, elle avait joui, et puis basta.

Du moment qu’elle avait atteint le septième ciel en faisant quelques galipettes, plus rien ne pouvait l’intéresser à l’époque. Résultat des courses : deux mois après, la voici en boule.

Qu’allait t’elle devenir à présent ? 15 ans et déjà maman ? 15 ans et mère d’un futur batard ? Non, inenvisageable cela était. Elle aurait préféré crever que d’avoir ça. Elle n’en voulait pas de ce débris qui allait prendre de plus en plus de place dans son corps, s’installer et lui rendre la vie impossible. Mais en avait t’elle le choix? Sûrement pas ! La religion était claire dessus: non à l’avortement.

Tout ce que la minette avait appris à l’école à propos des droits des femmes à disposer librement de leur corps, toutes ces theories féministes dont on lui avait bourré le crâne, elle se rendait compte que tout ceci n’était en vérité que tralala. Elle enfantera, point barre!

Sa réputation en prendra un coup, mais elle enfantera. Elle deviendra la petite salope qui passait pour une sainte, et partout sera pointée du doigt. On l’appellera la ” Mère du Bâtard “. Un bâtard.

Pauvre petit qui naîtra déjà étiqueté. Pauvre nourrisson qui n’aura même pas eu le temps de pousser son premier cri, que déjà il sera jugé, renié, méprisé, rejeté par la société car il n’est qu’un bâtard. Il n’aura droit à aucune faveur. Il sera constamment écarté. Vu d’un mauvais œil. Pourtant le bébé n’a pas demandé à naître. Il n’a pas voulu être un accident de parcours. Il n’aurait jamais souhaité etre le fruit d’une furtive rencontre d’une triste nuit pluvieuse. Et encore moins souhaité etre conçu dans un véhicule.

Elle pensera à ça dans sa chambre la nuit, après une longue journée d’injures et de malédictions.
Bountou est perdue. Elle a peur de ce fardeau qui sera le sien. Elle pense à ces regards moqueurs qui la suivront, l’épieront. Elle prend la lame posée sur la table, puis se tranche les veines.
Bountou n’avait que 15 ans.

Almamy Diop pour Le24heures.com 

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